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A la mémoire de ma mère « Zouzou »

23 juillet, 2017

TISHA BEAV « EXPLICATION »

Classé dans : Tisha be av ou 9 av — fanfan18unblogfr @ 8:24

Le 9 Av, Tisha Beav (תשעה באב), ou jeûne du cinquième moisest, avec Yom Kippour, le seul jeûne à caractère obligatoire et durant 25 heures.
Cependant, contrairement à cette fête, il ne s’agit pas un jeûne d’expiation mais bel et bien de deuil, ce jour étant selon certains le jour le plus triste dans l’histoire juive ».

Tisha BeAv tombe en été, le mois de Av correspondant dans le calendrier grégorien à une période entre la mi-juillet et la mi-août.

le jour le plus triste de l’année juive

L’origine de Tisha Beav : 

Selon une mishna énoncée dans le traité Taanit 4:6, énumérant cinq évènements ayant eu spécifiquement lieu le jour du 9 Av, et justifiant un jeûne chacune à elle seule. Ce sont :

  1. Le retour et la faute des explorateurs dépêchés par Moïse. (Nombres ch 13-14)
  2. La destruction du Premier Templeen l’an 3338 -422 av JC
  3. La destruction du Second Templeen l’an 3828 l’année 68 après JC
  4. La fin de la révolte de Bar Kokhba, qui s’acheva sur la destruction de la forteresse de Betaren l’an 135 apres JC
  5. La destruction de Jérusalem un an plus tard.

Poursuivant l’esprit de cette mishna, le midrash de la parashatShla’h lekha (Nombresch 13-14), qui relate l’épisode de la médisance des explorateurs, fait découler de cette seule calamité toutes les autres : lorsque les explorateurs revinrent de leur mission en Canaan avec leur rapport exagérément alarmiste, selon la Torah, c’était un 9 Av.
Les enfants d’Israël se mirent alors à se lamenter et à pleurer sur leur sort malheureux qui les avait conduit jusqu’ici, alors qu’ils étaient si bien en Égypte !
D…, courroucé par un tel comportement, jura alors que, puisqu’ils voulaient pleurer, Il donnerait à leur postérité de véritables raisons de se lamenter.
D’après la Torah
, la génération d’Israélites, que Moïseavait conduits hors d’Egypte16 mois plus tôt, fut condamnée à mourir dans le désert, et l’entrée en Terre d’Israël fut différée de 40 ans. Selon Abravanel, qui s’appuie sur la parashat Devarim, cette condamnation s’étendait à Moïse lui-même, raison pour laquelle il ne put pénétrer dans la Terre promise.

Il est intéressant de noter que dans le commentaire talmudiquede cette mishna, on objecte que la destruction du Second Templen’eut pas lieu le jour précis du 9 Av, mais qu’elle est thématiquement associée à ce jour de jeûne (selon ce commentaire, le feu qui consuma Jérusalem fut allumé ce jour, mais son œuvre se poursuivit jusqu’au jour suivant, et la destruction aurait donc techniquement eu lieu le 10 Av).
Par ailleurs, le Talmud
ne donne pas non plus de preuve que la forteresse de Betartomba le 9 Av, mais reconnaît qu’il existe une tradition affirmant que ce fut bien le cas.

Les destructions :

Le 9 Av de l’an -586EC, Nabuchodonosor II, 11 ans après avoir exilé le roi Joaiquinet les charpentiers, marche sur Jérusalem, détruit la ville et le Premier Temple, exilant le peuple, ou une grande partie de celui-ci en Babylonie. Le 9 Av, 656 ans plus tard, Titus détruit le Second Temple, brûle Jérusalem, et exile les Juifsde Palestine. Le 9 Av est à ces titres considéré comme le début des deux exils.

D’autres jours de jeûne public furent décrétés, en relation avec la destruction de Jérusalem :

  • le 10 Tevet, marquant le début du siège
  • le 17 Tammouz, où la première brèche fut creusée dans le mur d’enceinte. Entre le 17 Tammouz et le 9 Av, 3 semaines s’écoulent.
    Ces trois semaines, qui étaient une période joyeuse avant ces évènements, sont également commémorées. On a instauré comme coutume d’éviter les mariages et autres célébrations joyeuses ; de voyager dans un unique but d’agrément; de se couper les cheveux et les ongles, ou tout autre geste à but d’agrément; de s’abstenir d’écouter de la musique instrumentale et de lui préférer des chansons « vocales »,  de ne pas consommer des « mets luxueux », comme la viande, le saumon,…
  • le 3 Tishri, ou Jeûne de Guedaliah, commémorant l’assassinat de Guedaliah (cf. II Rois25:25 et Jérémie 41:2).

Il semble, d’après les passages 7:5 et 8:19 du Livre de Zacharieque ces quatre jours de jeûne n’aient pas été maintenus en vigueur après l’inauguration du Second Temple. Ils reprirent cependant à sa destruction jusqu’à nos jours.

Autres calamités du 9 Av :

Le 9 Av fut par la suite associé à bon nombre de malheurs pour les Juifs :

  • L’appel aux Croisades par le Pape Urbain II le 9 Av 4855 (1095EC)
  • La crémation (« autodafé ») du Talmud à Paris le 9 Av 5002 (1242EC) bien que le Rav Yehielait remporté la disputation contre Nicolas Donin
  • La signature d’un décret d’expulsion des Juifs d’Angleterrepar le roi Edouard 1er d’Angleterre le 9 Av 5050 (1290EC)
  • Le décret d’Alhambra, expulsant les Juifs d’Espagne, prit application le 9 Av 5252 (1492EC)
  • La Première Guerre Mondiale fut déclarée à Tisha Beav 5674, qui tomba donc le 1er août 1914
  • Le bâtiment de l’AIMA (Asociación Mutua Israelita Argentina) de Buenos Aaires fut la cible d’un attentat terroriste arabe à la bombe, tuant 86 personnes, en blessant plus de 120 autres.
  • L’expulsion de 9000 Juifsdu Gush Katif au sud de la bande de Gaza commence au lendemain du 9 Av 5765 (le 14 août 2005EC).

D’aucuns pensent qu’il s’agit là de folklore avant tout, et qu’on a tendance à dater toutes les catastrophes tombant en été au 9 Av. Ceci n’est pas l’opinion la plus répandue. Néanmoins, il est exact que de nombreuses commémorations se tiennent le 9 Av lorsqu’on n’en connaît pas la date. Un exemple en est la destruction des communautés rhénanes lors des Croisades.

Observance :

Tisha Be’Av est marqué par le deuil, et en tant que tel, le  Shabbata préséance sur lui. Si le 9 Av tombe un Shabbat, le jeune sera repoussé d’une journee; on étudiera tout de même des sujets en rapport avec le 9 Av.
Le 9 Av n’est pas un jour chômé, bien que le travail soit hautement déconseillé. Il est cependant préférable de ne travailler qu’à partir de la mi-journée (après ‘Hatsoth).

Les restrictions : 

Comme à Yom Kippour, on observe à Tisha BeAv un jeûne complet (alimentation ET boissons interdites, sauf déshydratation, ou prise de médicaments obligatoirement hydrosolubles) de 25 heures, depuis le coucher du soleil jusqu’à l’apparition des étoiles le jour suivant.
Il ne s’agit pas ici d’expier mais de se lamenter. En outre, l’extrême pénurie d’aliments et boissons fut le lot de ceux qui virent la destruction des Temples (cf. les Lamentations de Jérémie, pour le Premier Temple
).

Sont également interdits :

  • les baignades d’agrément.
  • les ablutions sont réduites au minimum : on se rince le bout des doigts et non les mains; on peut se les rincer si elles sont sales, et au lever; on peut, tant que les doigts sont humides se frotter les yeux.
  • on ne se rince pas la bouche jusqu’à la fin du jeûne.
  • on peut se mouiller les mains en lavant la nourriture, l’intention, n’étant pas de se laver les mains.
  • on peut baigner un bébé, et appliquer de l’huile sur sa peau.
  • le maquillage et le parfumage ; il est interdit de respirer des épices.
  • le port de chaussures de cuir.
  • cela s’applique aux chaussures à semelle comme à lacet de cuir; on peut porter des chaussures en toile, tant qu’elles ne contiennent pas de cuir.
  • si l’on doit s’engager dans un chemin épineux, ou dans un environnenment « à faible densité de population juive » (où le port de pantoufles serait remarqué et tourné en dérision), on peut porter des chaussures ordinaires.
  • L’intimité conjugale ; les couples sont soumis aux restrictions de la nidda.

Au cours de la première partie de la journée, on s’assied sur des chaises basses (à 30,48 cm du sol maximum) comme pendant la période de deuil de sept jours.
On évite les embrassades, les salutations cordiales, les sourires, …
Sources : Choulhan Aroukh
Orah Hayim 552-557.

L’étude de la Torah « réjouit le cœur »  (Psaumes 19:9); elle est donc déconseillée, à l’exception du Livre des Lamentations(meguilat Eikha), ses commentaires midrashiques, le livre de Job, les prophéties de Jérémie, les passages talmudiques liés à la destruction du Temple, etc.
Les mesures de deuil sont moins sévères l’après-midi : on peut par exemple s’asseoir sur des chaises plus élevées, ou s’adonner plus librement au commerce.

Erev Tisha Beav :

Le soir du 9 Av (dans le judaïsme, le jour commence à la tombée de la nuit, cf. récit biblique de la Genèse), l’atmosphère est humble et dépouillée, l’éclairage réduit au minimum, l’Almémor est nu, l’Arche saintedépourvue de sa parokhet. Après l’office du soir, on s’asseoit sur des sièges bas. Le Hazzanrécite plaintivement la méguilat Eikha. Il est ensuite de coutume de lire des kinnoth (élégies).

La lecture des kinnoth est d’apparition récente : le siddour de Rav Amram Gaon, rédigé au neuvième siècle, ne le mentionne pas. En revanche, il indique déjà que le 9 Av, le fidèle récitera le livre de Job.

Sha’harit Tisha Beav :

La prière du matin se fait dans la même atmosphère. Contrairement a l’habitude de le faire le matin, certaines communautes ne revetiront le tallit et les tefiline, que l’apres-midi du fait du deuil. On lit une sectiondu Deutéronome (4:25-40, menace en cas d’idolâtrie des Israélites). La Haftara est issue du Livre de Jérémie. On lit également des kinnoth.

Min’hat Tisha Beav :

Pour l’office de l’après-midi, ceux qui ne l’ont pas fait le matin, revêtiront tallit et tefilline et une prière spéciale, dite de consolation(Na’hem) est intercalée dans la ‘Amida, à la 14eprière, pour la reconstruction de Jérusalem.

Après Tisha Beav :

Il est de coutume de se laver les mains, fût-ce par hygiène.
Si Tisha BeAv tombait un dimanche, comme la bénédiction sur le vin ne pouvait être faite lors de la Havdala
, elle est faite à la fin de Tisha Beav. On ne récitera que les bénédictions sur le vin et HaMavdil, mais pas la bénédiction sur la bougie, celle-ci ayant été allumée à la fin de Shabbat. On ne récite pas non plus la bénédiction sur les épices.

La viande, le vin, les baignades d’agrément et la coupe de cheveux et/ou le rasage sont évités jusqu’au lendemain midi, le Second Temple ayant brûlé jusqu’à ce moment-là. Les Sages jeûnaient d’ailleurs jusqu’à là, selon le Talmud.
La poursuite de ces restrictions n’a pas lieu si le 10 Av tombe un Shabbat
.

Le premier Shabbat après Tisha Beav est appelé Shabbat Nah’amou, selon les premiers mots de la Haftaratirée de la fin du Livre d’Isaïe(40:1-27 : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu »). C’est la première d’une série de sept haftarot de consolation, les shiv’a dene’hemataqui s’échelonneront jusqu’à Rosh Hashana.

Evolution des coutumes :

Dans la période de rédaction du Talmud, l’observance du 9ejour du mois d’Avrevêtit un aspect de tristesste et d’ascétisme de plus en plus marqué.
A la fin du deuxième siècle de notre ère, ce jour a néanmoins perdu beaucoup de sa sinistrose, au point que Rabbi
envisage de l’abolir, ou selon une autre version, d’en atténuer l’importance lorsque le jeûne doit être décalé du Shabbatau premier jour de la semaine (c’est-à-dire du samedi au dimanche) (Source : Talmud, traité Meguilla 5b).

La stricte observance des coutumes de deuil en rapport avec le 9 Ab s’imposa à nouveau dans les époques post-talmudiques, en particulier aux heures les plus sombres de l’histoire Juive, du XVe au XVIIIe siècle.

Maïmonide, légaliste du XIIe siècle, émet l’opinion dans son Mishné Torah, que les restrictions, telles que consommer des mets carnés ou boire du vin, ne s’appliquent qu’au dernier repas du 8 Ab, précédant le jeûne, s’il est pris l’après-midi. Par contre, avant midi, il n’y a aucune restriction (Hilkhoth Taanit 5:8).

Moïse de Coucy (XIIIe siècle) écrit que c’est une coutume universelle que de se retenir de mets luxueux toute la journée précédant le 9 Ab (Sefer Mitzvot hagadol, éd. Venise, Lois sur Tisha BeAv, 249b).

Yossef Karo (XVIe siècle), auteur du Choulhan Aroukh et du Bet Yossef, écrit que certains ont pour coutume de s’abstenir de viande et de vin depuis le début de la semaine à laquelle tombe le 9 Ab ; et que d’autres s’en abstiennent pendant les trois semaines à partir du 17 Tammouz  (Choulhan Aroukh, Orah Hayim]] 551).

Les interdictions devinrent plus nombreuses, et on interdit de se marier durant cette période, et d’autres signes de deuil encore.
Finalement, le Rav Moïse de Coucy dit que certains ne mettent pas leurs phylactères (tefilline)
à Tisha Beav, une coutume fort répandue par la suite (cf. supra on ne les met pas le matin, mais bien l’après-midi).
De la sorte, toutes ces coutumes, initialement conçues pour marquer sa piété de manière inhabituelle, devinrent finalement la règle à suivre pour tous.

Faut-il abolir le 9 Av dans l’Etat d’Israël ?

Au cours du XXe siècle, un état Juif ayant été rétabli sur la Terre d’Israël, beaucoup de Sionistes religieux furent d’avis que la commémoration de Tisha BeAv se devait d’être modifié, voire convertie en jour de joie.

Ce sujet fit naître une importante correspondance entre les sionistes religieux. Les Haredim et les Hassidim, ainsi que la majorité des rabbin orthodoxe, considères que la création de l’Etat, bien que très importante et positive, n’est pas suffisante pour abolir le deuil causé par la perte des temples et les autres catastrophes précitées, du moins jusqu’à la venue du Messie, où Tisha Beav deviendra effectivement jour de fête.

Le comité légal de la mouvance Massoretit (Judaïsme « traditionnel ») se pencha sur les questions « Faut-il toujours jeûner de nos jours à Tisha Beav, alors que nous avons regagné notre souveraineté et notre indépendance ? Pouvons-nous réduire les signe de deuil et manger après Minha (l’officede l’après-midi) ? », et y publia deux réponses :

Le Rav Théodore Friedman répondit: « Nous somme déjà en présence d’un précédent consigné dans le traité Taanit, stipulant les jours où il est interdit de jeûner, du fait du salut dont bénéficia Israël ces jours-là. Nous avons été témoins d’une grande manifestation salvatrice avec la création de l’État… Il nous semble donc que ce retournement dans l’histoire d’Israël devrait être célébré en ne jeûnant plus que jusqu’à la Minha du 9 Av. »
Notons qu’en 2005, Avraham Burg annonçait sur les ondes israéliennes qu’il ne jeûnerait que la première moitié du 9 Av, avant de faire un repas festif au cours duquel il lirait la déclaration d’indépendance de l’État. Il semble cependant que ceci soit un geste d’opposition aux manifestant contre le retrait du Gush Katif.

Le Rav David Golinkin a conclu quant à lui qu’il était « interdit de ne jeûner qu’un demi-jour le 9 Ab, pour plusieurs raisons :

nous avons démontré qu’on jeûnait à Tisha beAv dans la période du Second Temple

ce n’est pas possible d’un point de vue halakhique : ou bien nous jeûnons aux quatre jeûnes (cf. les destructions), Tisha Beav inclus, ou bien à Tisha Beav seulement…

Du point de vue idéologique, on ne peut pas encore dire que nous somme arrivée à une ère de « paix ». Nous devrions donc nous en tenir à la coutume des Gueonim… jeûner toute la journée à Tisha Beav et déclarer les autres jour volontaire et non obligatoire. »

Autres traditions :

Certaines sources juives classiques affirment que le Messie naîtra un 9 Av.

TRADITION CULINAIRE :

  • Chez moi on casse le jeûne avec un café et des croquets.
  • La salade méchouia : poivrons rouge et vert, tomates, ail grillés au four, coupés en petits morceaux ou passer à la moulinette, huile, sel et poivre la mettre au réfrigérateur (bien fraîche). 
  • Et la soupe préférée de ma mère la cherba je rajoute une poignée de lentilles pour tisha bé av.

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